TdP – Prélude

Bienvenue sur le prélude de la tour de pierre. Mettez-vous bien, prenez un thé, un café ou mettez un peu de musique en fond, puis profitez de cette histoire.

Ce roman contient de la violence (horreur à la fois descriptive et psychologique), du sexe, des propos grossiers ou encore crus proférés par des personnages transphobes, homophobes ou misogynes.

Ce roman est donc déconseillé à un public âgé de moins de 16 ans.

Prélude

Septembre 1994.

            Des mouvements sur le navire annonçaient la tempête. Sur le pont, à la porte de la cabine, deux hommes lourdement armés se tenaient en garde. Ils possédaient un écusson sur leur veste noire au niveau de l’épaule droite ; un bouclier blanc avec un triangle inversé en son centre. Ce sigle apparaissait aussi par-dessus le gilet par balle, au niveau de leurs cœurs. Tandis qu’au ventre, des lettres en capitale blanche indiquaient « RHINO ».

            Agité, le temps devenait gris, la pluie tombait. Au loin, l’orage grondait et le vent commençait à souffler. Cependant, Yann s’en moquait. Les mains vissées sur le rebord du bateau, il contemplait ce trouble océan. Yann portait une barbe naissante, ses yeux étaient marrons, et il possédait un béret de couleur noir. De son long manteau, il sorti un calepin où il avait griffonné des notes, dont des coordonnées géographiques.

            Sur une page blanche, il dessinait à l’encre noire la vision qui s’offrait à lui. Pas une seule île ou morceau de terre à l’horizon. Une solitude grisante, aussi poétique qu’excitante lui offrait déjà l’imagination de sa réussite prochaine. Il cherchait quelque chose, et il sentait qu’il allait la trouver ici.

            Le capitaine Korfield marcha vers Yann, les mains dans le dos, la tête haute. Assorti d’une longue barbe grise, il posa ses mains sur le rebord, affichant un air sérieux et concerné.

            — Dans moins d’une heure, les vents vont devenir plus forts qu’ils ne le sont actuellement, monsieur Rus.

            — On reste.

            En entendant ça, le capitaine inhala.

            — Vous ne comprenez pas, ce navire n’est pas capable de supporter une telle tempête.

            — On tiendra le temps qu’il faudra. Dites à vos hommes de se tenir prêts à plonger, capitaine Korfield.

            Ce dernier sourcilla, puis, haussant les épaules, il se tourna d’abord vers les deux gardes. L’un d’entre eux regardait le ciel, bayant aux corneilles, là où le second le fixait droit dans les yeux, laissant planer comme un air menaçant. Korfield dégluti, il savait ce que l’escouade Rhino valait. Une légende qui prenait écho dans son métier. Faisant partie d’un groupe de marin ayant l’habitude de traiter avec l’inhabituel, il proposait ses services ainsi que celui de ses hommes à beaucoup de monde ; autant de légaux que d’illégaux… et celui-ci entrait dans la seconde catégorie.

            Finalement, il passa outre le regard assassin du garde, baissant la tête, le temps de rejoindre la cabine.

            Après être descendu, Adam Korfield entra dans les vestiaires. Trois hommes enfilaient des combinaisons sous la surveillance d’un autre membre de l’escouade Rhino. Celui-ci s’assurait que les plongeurs ne faisaient pas d’erreur avec leur matériel. L’insigne du bouclier au triangle apparaissait aussi sur ces équipements de plongés orange et noir. Le capitaine remarqua l’aspect futuriste de ces derniers, il y voyait un système de propulsion au niveau du dos. D’abord, il tiqua, puis son attention alla au plus jeune des trois plongeurs, celui-là regardait par le hublot en métal, blanc comme un linge.

            Les rires moqueurs n’atteignaient pas ce jeune homme à la chevelure dorée. Korfield le percevais comme quelqu’un de naïf, incertain, manquant de rigueur, mais pourtant, avec un grand potentiel. Si seulement ce moussaillon ne se laissait pas bouffer par les autres, il serait promis à un grand avenir. Korfield lui servait de mentor, il lui apprenait le métier, mais aussi à traiter avec les clients à qui il ne faut surtout pas dire non. Il s’approcha de ce dernier, regardant bientôt, comme lui, les vagues enragés s’éclabousser contre le hublot.

            — Pas trop intimidé, Théo ?

            — Quelqu’un a déjà essayé de plonger aussi bas ?

            — Pas que je sache, répondit Korfield.

            — Pourquoi on y va, nous, alors ?

            — Car on nous paye pour le faire.

            — Mais qui sont-ils ? s’inquiéta le moussaillon.

            — Évite de poser ce genre de questions. Ces types payent bien, mais ils ont aussi la fâcheuse tendance à se penser au-dessus des lois.

            — C’est des mercenaires, moi j’pense.

            — Tu crois ?

            — Ce n’est pas des militaires, ils répondent aux ordres de cet homme en haut. Je les ai entendus parler, lui et le chef, murmura-t-il, ils ont parlé d’un contrat à plus de douze millions de dollars.

            — Garde ça pour toi, veux-tu ? intima le capitaine avec fermeté.

            Théo resta figé, puis il pencha la tête, confus.

            — Elles sortent d’où, ces combinaisons, je n’en ai jamais vu de pareil.

            — C’est ces hommes qui les ont amenés. Ils affirment que vous pourrez supporter la pression qui s’exercera en bas. Et en plus, vous êtes supposé être plus rapide avec. Je ne sais pas d’où ils sortent ces trucs, mais ce n’est clairement pas de la camelote.

            — Je vais être honnête avec vous, capitaine, cette mission, je ne la sens pas du tout…

            — Ne vous en faites pas, moussaillon, ça ira. Dépêche-toi d’enfiler tout ça, puis, tu suivras les instructions qu’on te donnera. Si en bas tu sens que les choses ne se passent pas comme prévu, ou que tu sens un danger… tu remontes, compris ?

            — Oui, capitaine.

            À peine avaient-ils plongé, que leurs réacteurs arrière libéraient une pression qui les poussaient avec vitesse dans les fonds marins. Ces trois hommes courageux, utilisaient un système de communication radio entre eux, ainsi qu’avec les personnes à bord du bateau. Théo alluma une lumière sur le dessus de son heaume gris, afin d’éclairer les fonds marins du point Némo. Ses camarades en firent de même, s’enfonçant de plus en plus.

            — Bon, commença le plus expérimenté, vous faites ce que je dis, surtout toi, Théo.

            — Entendu, répondit le visé.

            Une voix prenait le pas sur les discussions, celle de Yann Rus faisait plus rauque :

            — Bien, les gars, votre mission est simple, vous devez trouver une espèce de tour faite de pierre. Je n’ai pas beaucoup de détails, mais de ce que j’ai lu, elle devrait être facile à trouver. Je pense que vos combinaisons supporteront la pression qui s’exercera à partir de plusieurs kilomètres de profondeur.

            La conversation radio pris fin. Georges pencha la tête vers les deux autres.

            — Bon, va falloir qu’on m’explique en quoi une putain de tour submergée, est aussi importante.

            — On m’a dit qu’il ne valait mieux pas poser de questions, suggéra Théo.

            Georges pouffa de rire avant de lancer sur un ton méprisant :

            — Classique, venant d’un bleu comme toi.

            — Vu le prix auquel on nous paye, je n’en ai pas grand-chose à foutre, personnellement, ajouta Jack.

            — Je veux dire, les mecs qui nous payent, ils ont l’air dangereux, avoua Théo.

            — C’est des connards, pouffa Georges.

            — Je suis sérieux.

            — Écoute le bleu, on s’en branle, t’as compris ? conclu froidement Jack.

            Plus un mot n’avait été prononcé, l’océan s’assombrissais. Si avant, la faune aquatique pouvaient être observés, plus ils s’enfonçaient, plus la lumière seule de leurs casques ne suffisait plus. L’obscure régnait et arrivé à un certain point, la pression commençait à se faire sentir. La radio grésillait et même entre eux, ils commençaient à expérimenter des difficultés à communiquer. Quand, enfin, ils parvenaient à éclairer ce qu’ils identifiaient comme un mur de pierre, une seule certitude, la tour se trouvait devant eux. Théo s’en approcha, posant la main sur sa paroi.

            — On doit poser une sorte de balise ? questionna Jack.

            — La mission était de trouver le bâtiment, puis de le signaler, rétorqua Georges.

            — Comment cette tour a atterris ici… ? se troubla Théo.

            — Tout le monde s’en tape, on retourne en haut pour les prévenir.

            Georges commença à remonter, Jack ne tarda pas à suivre, mais Théo sentait qu’il devait entrer dans la tour. Il décida alors de chercher l’entrée, qu’il ne mit pas très longtemps à ouvrir. Il reçut, alors, une remarque grésillant dans sa radio :

            — Tu remontes, oui ou merde ?

            — On doit se grouiller, ils nous attendent ! 

            Mais il ne répondait pas. Au lieu de ça, il entrait à l’intérieur de la tour submergée, nageant et éclairant un escalier qui montait plus haut que ce qu’il l’aurait pensé. En suivant les marches, il finit par sortir de l’eau, celle-ci ne remplissait pas entièrement le bâtiment, ce qui n’avait aucun sens, considérant sa position dans les profondeurs. Théo n’arrivait pas expliquer comment, mais, il sentait comme un besoin de monter, d’explorer cette tour, et ce, au gré des injonctions qui devenaient de plus en plus inaudibles dans sa radio. Les marches montaient sans fin. Bientôt, les grésillements de sa radio laissèrent place à un nouveau phénomène ; des chuchotements incompréhensibles s’intensifiant, secondes après secondes. Envouté, il déambulait, à la recherche de la source. Les voix devenaient alors physiques, comme un millefeuille de sons s’imbriquant les uns dans les autres. Théo senti une odeur nauséabonde harceler ses narines. Sa lumière vacilla, puis fini par s’éteindre, l’obscurité remporta donc cette bataille. Alors qu’il devenait immobile, la terre se mit à trembler. L’opacité le poussait en avant, et après quelques pas bousculés… plus rien. Théo venait de disparaitre. Et soudain, l’eau entra, forcée d’une pression, comme si la force qui l’avait maintenu jusque-là, venait de céder.

            Sur le bateau, la pluie s’accompagnait de vents et de tonnerres. Non seulement les choses se gâtait, mais en plus l’eau commençait à sérieusement se déformer, comme des vagues qui promettaient de déferler sur le navire. La boule au ventre, Korfield se tenait solidement à la rambarde, espérant voir son poulain remonter. Mais au lieu de ça, ce fut les deux autres, s’accrochant à l’arrière, pour monter. À sa grande surprise, les gardes se trouvaient tous dehors, attendant derrière Yann Rus, il pouvait les compter tous les cinq. C’est alors que ce dernier leur arriva dessus en trombe, mort d’impatience. Korfield devint pâle :

            — Jack, Georges, où est-il ?

            Les deux hommes, tandis qu’ils retiraient leur équipement, haussèrent simplement des épaules, ce qui n’empêcha pas le deuxième de rétorquer avec une certaine incompréhension dans la voix :

            — Il a pénétré la tour, cet imbécile.

            — Quoi ?! vociféra Rus.

            — Vous n’êtes pas allé le récupérer ? se scandalisa Korfield.

            — On n’est pas payé pour ça, sauf votre respect. On n’allait pas prendre de risque étant donné la tempête.

            — La tour est donc bel et bien en bas ? insista Rus.

            — Oui, m’sieur.

            — Beau travail, félicita Yann en applaudissant.

            Puis, quand il eut fini, après un court silence sous la pluie battante, il fit un signe de main, formant deux doigts. Aussitôt, deux coups de feu firent sursauter le capitaine, qui affichait un air horrifié, voyant ses deux hommes s’écrouler au sol. Le sang se noyait dans la pluie. Korfield tourna la tête vers l’escouade, deux d’entre eux étaient responsables, leur mitraillette pointée vers les corps de Georges et de Jack, à présent sans vies. Il n’osait pas dire un mot, peur d’être le suivant, il en allait presque à supplier Yann du regard. Un des hommes s’approcha, ce dernier faisait deux mètres de haut, le visage légèrement déformé et tenait des cheveux bruns frisés sur son crâne. Le capitaine se souvenait de son nom, Yann lui parlait souvent, depuis le début du voyage… un certain Sigil Frenn, commandant de l’Escouade Rhino.

            — Bien, annonça mécaniquement ce dernier avec une voix grave, on en fait quoi, de celui-là ?

            Il pointait le capitaine du doigt.

            — Il nous sera utile, déjà pour rentrer, répondit Yann.

            Pendant que la conversation commençait, les deux mercenaires marchèrent vers les deux cadavres, puis, l’un après l’autre, jetèrent les marins dans la mer, avant de se frotter les mains.

            — Oui… bon, on a tout intérêt à dégager de là, remarqua Sigil.

            Yann se tourna vers Korfield :

            — Vous attendez quoi ?

            — Mais, je-

            Sigil montra son revolver, légèrement sorti de son étui, ce qui suffit à l’homme pour se précipiter en courant dans la cabine. Puis, le mercenaire croisa les bras, se mettant à côté de Yann. Ce dernier contrastait par sa petite taille.

            ­­— L’avantage, c’est que si on nous pose des questions, on pourra dire qu’ils se sont noyés par accident. En gardant l’autre froussard en vie, et si on fait assez bien pression sur lui, il pourra témoigner en ce sens, lança Sigil.

            — La tempête a ses bénéfices.

            — Comme la tour est bien là où vous le préconisiez, ça vous donne accès à un nouveau contrat qui vous permettra de financer l’exploitation de la zone. Comme on sera les premiers sur place, ça arrangera vos affaires, comme les nôtres.

            — J’ai hâte d’enfin pouvoir décortiquer chaque secret de chacune de ses putains de pierres.  

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MrAnderson
1 mois il y a

Le prélude était vraiment sympa.

D’un point de vue narratif, on a un beau mix entre les bases de l’histoire et assez de mystère pour que ça donne envie de suivre le feuilleton. Les personnages

spoiler :

||spoiler : on comprend vite qu’ils vont mourir mais malgré le peu de temps d’apparition, ils sont vraiment intéressant.||

fin du spoiler.

D’un point de vue littéraire, j’ai trouvé ça bien écrit. Bon l’ortho je le repère pas donc je pourrais pas dire. Il y a quand même des extraits que j’ai trouvé vraiment bon (ex : la visite de la tour qui était très réussi dans son registre fantastique).

en tout cas : hâte de suivre semaines par semaines !