TdP #001 – Nelyne

Mettez-vous bien, prenez un thé, un café ou mettez un peu de musique en fond, puis profitez de cette histoire.

Ce roman contient de la violence (horreur à la fois descriptive et psychologique), du sexe, des propos grossiers ou encore crus proférés par des personnages transphobes, homophobes ou misogynes.

Ce roman est donc déconseillé à un public âgé de moins de 16 ans.

Nelyne

           

Février 1995.

            Nelyne Froster marchait droit devant elle sur le trottoir du centre-ville de Berlin, en cette journée ensoleillée. Sur son chemin, elle croisait des passants, des voitures ainsi que des bus. Elle apparaissait confiante et droite, dans son manteau gris. Froster était noire de peau et ses cheveux courts étaient bouclés. Mais, chez elle, ce qui attirait l’œil s’avérait être son oreille droite partiellement manquante, une grande partie du cartilage et de la peau, arrachés, fascinaient certains autant que ça les intimidait. Elle s’approcha d’une église au détour d’une rue, avant d’y entrer.

            Dans le bâtiment religieux, les bancs de bois s’alignaient face à l’autel. La pierre remplissait le hall, dont le plafond s’imposait par sa hauteur. Les vitraux captaient l’attention de Nelyne, qui trouvait les dessins aussi magnifiques. Rapidement, son regard se posa sur l’un des bancs, où un vieil homme, seul, y était assis, contemplant avec compassion la représentation de Jésus, sur la croix. De ses pas qui résonnaient dans l’église à mesure qu’elle s’approchait, elle s’assied à côté de lui.

            Plongé dans ses pensées et prières, il avait l’œil humide ainsi qu’un visage serein, comme celui d’un arrière-grand-père. Une calvitie raréfiait les quelques cheveux blancs se trouvant sur le dessus de son crâne. Après une bonne minute de silence à attendre qu’il réagisse, Nelyne regarda dans la même direction que lui. Et enfin, de l’imposante stature du vieil homme, une petite voix fluette vint trouver écho.

            — Merci d’être venue, agent Froster.

            — C’est tout à fait normal, répondit-elle.

            Il redevint silencieux avant de prendre une enveloppe dans la poche intérieure de son costume noir sur-mesure. La main un peu tremblante, il la déposa sur les genoux de la jeune femme, lui adressant un sourire rempli de gentillesse. Elle s’en saisit, puis le rangea dans sa veste.

            — Je sais que vous serez à la hauteur, dit-il.

            — Il y a toutes les instructions ?

            — Oui, vous partez dès ce soir.

            — C’est du sérieux, on dirait…

            Il la fixa droit dans les yeux.

            — Excusez mon franc-parler, Nelyne… mais c’est la merde. Une expédition menée par un client de l’ANTAR a réveillé une Altération située dans les fonds marins du point Némo. Cette dernière se met à produire une distorsion assez élevée pour qu’on puisse la capter de notre capteur le plus éloigné de la source.

            — Combien ?

            — Trois cents millions unités de Klaus. Je n’ai jamais vu un score aussi élevé.

            Nelyne affichait un visage aussi choqué que terrifié. Les yeux exorbités, sa béatitude se referma, précédant sa réaction, sérieuse :

            — C’est une blague ?

            — Honnêtement, je préfèrerais. Vous savez, agent Froster, ça fait depuis les années 70 que je sers la HARP. J’ai vu passer de nombreuses affaires, beaucoup ont impliqué des objets ou des créatures avec un UK élevé… mais jamais plus de cinq-cents mille unités.

            — Quelle est la position de la Haute Direction ?

            — Ils veulent concerter, avant de faire quoi que ce soit, et ce, malgré mes avertissements. Alors on va les laisser discuter… tandis que vous, allez agir.

            — C’est donc une mission non-officielle ? annonça-t-elle sombrement.

            — Mais nécessaire, il est hors de question de laisser une telle Altération aux mains de ce Yann Rus… 

            — C’est lui qui l’a découvert, c’est ça ?

            — Il faut le neutraliser le plus vite possible, afin de mettre fin a son contrat avec l’escouade Rhino. Ainsi, on s’arrangera pour acheter ses services afin de l’éloigner de l’Altération.

            Nelyne tiqua :

            — Je vais avoir affaire à l’escouade Rhino ?

            — Et pas seulement. D’après le pôle renseignement, l’ANTAR a mis le paquet en déployant quatre cuirassés avec des équipes militaires et scientifiques.

            — Je vais donc devoir l’infiltrer… ?

            — C’est une des approches possibles, en effet. Je vous donne carte blanche, quoi qu’il en soit.

            Elle resta silencieuse quelques instants avant de se décider à se lever du banc, craquant sur le mouvement. Elle fit deux pas devant elle, s’approchant de l’autel, où des bougies venaient de s’éteindre, comme par un courant d’air. Elle ferma les yeux avant d’expirer, puis se tourna vers l’homme.

            — Monsieur McGordon, revendiqua l’agent, quand ma mission sera remplie, j’aimerais mettre un terme à mes activités d’espionne… définitivement.

            Cette révélation hérissa les poils du directeur de la HARP.

            — Mais, agent Froster, je ne comprends pas, s’empressa-t-il en se levant du banc à son tour.

            — C’est loin d’être une décision précipitée, monsieur. Ça fait maintenant trois ans que j’y songes. Mon fils à quatorze ans, il vit avec son père et ses grands-parents… je ne le vois qu’une fois par mois, quand je ne suis pas en mission. J’ai loupé son enfance, je ne veux pas louper son adolescence.

            — Ce serait une retraite anticipée, donc.

            — Oui.

            — Comment il s’appelle ?

            — Romuald, monsieur.

            McGordon fit un soupir avant de prendre la main de Froster, affichant un sourire compatissant, elle lui renvoya. Alors, il positionna son autre main sur son épaule, annonçant avec une grande bienveillance dans la voix :

            — Je vais être franc avec toi, Nelyne… je suis vieux, maintenant. Je pense que dans vingt ans, je devrais céder la place de directeur à quelqu’un… Et soyons clair, j’aurais préféré que ce quelqu’un, ça soit toi.

            Elle ne put s’empêcher de se sentir touchée par cette sincérité.

            — Je ne suis pas faite pour diriger, monsieur.

            — C’est aussi ce que je pensais, le jour où j’ai été nommé à cette charge.

            — Comprenez que je suis navrée de devoir insister, monsieur McGordon.

            Le visé mis ses mains dans les poches avant de baisser tristement la tête. Puis, la fixa de nouveau dans les yeux, cédant, un sourire amical sur les lèvres :

            — Tu es exactement comme ma fille, riait-il, très bien… j’accepte, si c’est ce que tu veux vraiment.

            — Merci, apprécia Nelyne.

            Nelyne roulait en voiture. Confortablement assise sur le siège de cuir, son attention se concentrait sur les petits chemins de campagne. La pluie frappait le pare-brise, défendu par l’essuie-glace. Le confort intérieur, combiné au son des gouttes lui donnait presque une envie de dormir.

            Enfin, elle arriva près d’une grange, se garant devant, éclaboussant le bois avec la boue. Ouvrant la portière, elle mit pied à terre, affrontant le vent et la pluie, dans ce paysage fait de sapins, isolés des villes. Elle se précipita sous le porche. Elle jeta un dernier coup d’œil à sa voiture, une berline noire, puis entra dans le bâtiment, enlevant les mains de la rambarde.

            À l’intérieur, elle trouva du bois et du foin. Elle marcha jusqu’au centre, avant qu’elle n’ouvre une trappe à l’aide d’une clé qu’elle prit dans son manteau. Cette grange avait appartenu à son père, il y élevait des vaches, des cochons ainsi que des poules. Il n’y avait plus personne, le village connaissait in grand silence depuis de longues années.

            La trappe menait à une échelle, qu’elle descendit pour atteindre un sous-sol secret. Quand elle alluma la pièce, du vieil interrupteur situé sur le mur bétonné d’à côté, la puissante lumière accrochée au plafond éclaira une table et des chaises en métal. Tout près, des instruments de torture étaient rangées par ordre de grandeur. Au-dessus, accroché à des panneaux, des armes de tous calibres… une bonne vingtaine, allant jusqu’à la mitrailleuse, plus loin.

            Elle prit un fusil AS-VAL, le posant sur la table. Celui-ci possédait un trou au niveau du cross. Elle posa ensuite plusieurs munitions sur le métal. Soudainement, elle décida de s’en munir, visant et testant sa capacité à charger, exécutant ses mouvements avec vélocité. Puis elle récupéra un pistolet, un Glock-17 pour le ranger dans sa veste. Elle dégrafa son sac noir pour y placer son fusil, puis son silencieux.

            Marchant dans la gadoue, subissant la pluie qui tombait en cordes, elle ouvrit le coffre de sa berline pour y mettre son sac.

            L’agent Froster repris la route, quatre heures l’avait séparée de sa nouvelle direction. La nuit montrait l’argenté de ses étoiles et de sa lune, tandis que les nuages de pluies avaient disparus. Elle évoluait dans un paysage fait de forêts. De temps en temps, elle croisait une voiture ou deux, voire des camions. Et enfin, elle arriva devant une piste d’atterrissage. Après s’être garée devant le hangar, elle marcha jusqu’à l’intérieur de celui-ci, où un homme inspectait l’état d’un petit avion. Ce dernier était un moustachu à la mâchoire carrée. Il se tourna vers elle, puis s’exclama avec joie :

            — Froster ! Putain, ça fait un bail.

            — Salut, Spinoza, répondit-elle.

            — T’aurais dû me prévenir que tu allais me rendre visite, j’aurais sorti la gnole, haha.

            — Pas aujourd’hui, je dois m’envoler, j’ai besoin de tes services.

            — Pack discrétion, c’est ça ?

            — Avec de l’huile de coude, valida Nelyne.

            — Oh je vois, je te prépare ça, riait-il, et je dois te déposer où ?

            — En Argentine.

            — C’est dans mes cordes.

            — Je te paye une partie en avance, l’idéal serait de partir ce soir.

    — Aucuns soucis, agent Froster.    La jeune femme à l’oreille mâchée se dirigea vers la sortie du hangar, s’arrêtant face à son véhicule. Quatre cuirassés de l’ANTAR, ça n’a pas dû passer inaperçu. De plus, je me souviens que plusieurs autres factions tournent autour de l’Argentine et du Chili… j’ai tout intérêt à analyser la situation là-bas, avant de m’intéresser à la Tour elle-même.

Vous avez aimé cette lecture ? Faites-le nous savoir en commentaire et en partageant ce chapitre sur Twitter, Facebook et Instagram.

S’abonner
Notifier de
guest
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments