TdP #003 – Nelyne

Mettez-vous bien, prenez un thé, un café ou mettez un peu de musique en fond, puis profitez de cette histoire.

Ce roman contient de la violence (horreur à la fois descriptive et psychologique), du sexe, des propos grossiers ou encore crus proférés par des personnages transphobes, homophobes ou misogynes.

Ce roman est donc déconseillé à un public âgé de moins de 16 ans.

Nelyne

           

    Dans un jardin, les oiseaux chantaient. Le son de la plage se faisait entendre au loin. Assise à une table, Nelyne sirotait une boisson fruitée à l’aide d’une paille. Elle admirait la statue qui écoulait l’eau de la fontaine… Plusieurs tables s’arrangeaient autour de cette décoration, certains y mangeaient, d’autres y buvaient. Buenos Aires est une ville splendide.

    Le soleil éclatait dans le ciel, offrant une chaleur agréable à ceux qui s’y exposaient. Face à elle, Spinoza effectuait des mots fléchés. Nelyne tourna son regard vers la table à gauche de la sienne, où trois hommes en noir portant des lunettes de soleil discutaient. Derrière elle, un homme et une femme au tatouage de lion sur le cou. 

    — Verum Nobis à gauche, confrérie du lion derrière, murmura-t-elle.

    — Comment tu le sais ? s’étonna Spinoza.

    — On les reconnait de loin, plaisanta-t-elle, ne les regardes pas directement, par contre.

    Spinoza préféra retourner à son jeu.

    — Pourquoi ils sont là, chuchota-t-il.

    — La même raison que moi… autant te prévenir que l’Argentine et le Chili vont très bientôt accueillir de nouveaux avants-postes. La situation va rapidement devenir tendue.

    — C’est qu’une putain de tour dans la mer, pourquoi ça rameuterait tant de monde, s’exprima-t-il à voix basse.

    — Je n’ai pas les détails.

    Elle nota qu’un des hommes à tatouage de lion s’était levé pour rejoindre le bar, accompagné par son acolyte. À gauche, ce fut au tour des trois agents à lunettes de soleil d’en faire de même, allant dans la même direction.

    — Ils foutent quoi ? lança Spinoza.

    — Bouge pas, ordonna Froster en se levant à son tour.

    — Tu ne vas quand même pas les suivre ?

    — Je vais me gêner, tiens.

    Sans laisser le temps à son ami de répliquer, elle était déjà arrivée à l’intérieur du bar restaurant, avançant sur le plancher de ce dernier. Deux barmans nettoyaient des verres en fixant la jeune femme noire avec surprise, ils remarquaient son oreille manquante. Elle sorti vers la ville, suivant les deux groupes à bonne distance jusque dans les ruelles de Buenos Aires. Quand elle échappa aux lieux publics, observant les grattes-ciels durant ce court périple… elle prit son Glock-17 auquel elle vissa un tube noir. Personne n’aurait pu la voir faire dans ces rues étroites. À pas feutrés, elle se dissimula derrière une poubelle à plusieurs mètres des cinq agents ennemis. Ils faisaient affaire, Nelyne sentait que la meilleure chose à faire était de les écouter. Alors elle resta silencieuse, commençant à décortiquer la zone. La rue sentait la pisse, les cartons s’empilaient et des bouteilles trônaient juste à côté. 

    — Qu’avons-nous là, moqua le plus haut des hommes en noir, des putains de lions.

    — Les chiens du Verum Nobis sont de sortie ? répliqua la femme au tatouage.

    — Vous êtes sur notre territoire, ici. Allez faire vos cochonneries ailleurs.

    — L’ANTAR a déjà des hommes autour de la Tour de pierre, je présume que vous préparez aussi à leur prendre ?

    — Pas vos oignons, putain de dégénérés.

    L’homme au tatouage saisi son arme et visa l’agent du Verum Nobis en plein visage. Les deux autres dégainèrent leurs pistolets, visant les agents du lion. Le tatoué grogna :

    — Retire ce que tu as dit où je te fais cuire à la broche.

    — La seule chose que tu vas bouffer, c’est du plomb dans la gueule… dégénéré.

    Nelyne se préparait au pire, la tension arrivait au point de non-retour. Qu’ils s’entretuent, ça me fera moins de travail. Mais son souhait ne se réalisa pas, la femme au tatouage leva une main en l’air, puis, adressa avec courtoisie :

    — On n’est pas ici pour ça.

    — Oh, et pourquoi donc, dans ce cas ?

    Elle leur transmit un document. 

    — C’est quoi ce tas de merde ? demanda l’homme en noir à droite du meneur.

    — Un message à transmettre à vos supérieurs de la part de Cœur d’acier.

    — Cœur d’acier est ici ? surpris le meneur avec béatitude.

    — Il veut proposer une alliance au Verum Nobis pour attaquer l’ANTAR. 

    — Car vous supposez qu’on a besoin d’aide d’une horde de cannibales et de sauvages tel que vous ?

    — Vous faites ce que vous voulez, tant que vous transmettez ce papier.

    Il y eut un silence, puis, tout le monde baissèrent leurs armes en guise d’accord. Et merde ! se dit Nelyne en voyant que les trois agents du Verum Nobis laissèrent partir leurs homologues de la confrérie. Une alliance entre le lion et cette bande fanatiques, c’est une très mauvaise chose… songea-t-elle en établissant un plan d’action dans sa tête. Comme les deux membres de la confrérie s’en était allé, Nelyne sorti de sa cachette, puis, appuyant sur la détente de son silencieux, vint abattre le meneur d’une balle dans la tête. Les deux autres, pris par surprise, eurent des sueurs froides. Ils visèrent l’espionne et firent feu. Elle fut assez rapide pour esquiver les tirs, se couvrant derrière la benne à ordure. Les balles ricochèrent sur le métal de la garnde poubelle. Puis, elle profita d’un court silence, pour se hisser et tirer plusieurs coups de feux, l’un d’eux atteignit le bras de l’homme en noir de gauche, celui-ci avait une barbe. Il hurlait de douleur. L’autre, dans un élan de courage, se précipita sur Nelyne.

    D’un coup de pied, il ne lui laissa pas le temps de tirer, la désarmant. Mais cette dernière ne se laisserait pas abattre aussi facilement, lui prenant brutalement à la gorge en utilisant sa main comme d’une pince, l’assaillant fut pris de spasmes, peinant à respirer. Elle en profita pour le prendre par la tête et le frapper contre la benne à trois reprises avant de le laisser s’affranchir sur le sol. Elle se jeta sur son arme, et à ce moment-là, tira à plusieurs reprises sur son dernier adversaire, qui n’eût même pas le temps de réagir, pénalisé par la douleur. Il fut perforé au niveau du foie, à l’estomac puis au cœur. Le barbu s’effondra au sol. Elle souffla, reprenant ses esprits.

    Elle s’approcha de celui dont elle avait utilisé la tête pour frapper contre la poubelle, puis, elle lui tira une balle dans le crane pour s’assurer qu’il reste à terre… définitivement. Une fois ça fait, elle fouilla dans la veste du meneur, plus loin, dans l’intention de lui dérober le message. Elle le rangea dans sa poche, puis, observant les cadavres… elle eut une idée.

Nelyne déplaça les corps dans la benne à ordure, qu’elle referma sur eux. Bien entendu, elle savait que le Verum Nobis finirait par les retrouver… raison pour laquelle, à l’aide d’un couteau, elle avait retiré stratégiquement certains de leurs organes, les plaçant dans des sacs qu’elle balancerait au feu dès qu’elle en aura l’occasion. Nelyne connaissait bien les méthodes de la confrérie du Lion, qui se faisait connaître pour leur tendance à prélever certains organes chez leurs victimes dans l’intention de les consommer plus tard. Je préfère une guerre entre eux qu’une alliance, songeait-elle en sortant de la ruelle.

L’agent de la HARP fut accueilli par Spinoza au détour de l’hôtel où elle avait temporairement fait ses quartiers. Ce dernier affichait un regard soupçonneux. Elle lui confit plusieurs sacs, profitant que personne ne passait à proximité. 

— Trouve un endroit pour bruler ça, ne te fais pas remarquer.

— Qu’est-ce que c’est ? s’inquiéta-t-il en notifiant du sang sous l’un d’entre eux.

— Tu ne veux pas le savoir, crois-moi. 

Il prit les sacs avec lui sans rechigner avant de disparaitre au loin. L’agent à l’oreille écorché se rendit directement à l’hôtel, où sur le drap une valise l’y attendait. Entre fournitures de guerre et vêtements propre, elle classait ses armes avec attention. La chambre se tapissait d’un manteau marron, la lampe, accroché au plafond donnait au lieu un luxe qui ne déplaisait pas à Nelyne. Par la fenêtre, elle pouvait contempler la plage. 

Quelques minutes plus tard, la porte fut poussée par Spinoza, entrant, après l’accord de la jeune femme à la peau noire. 

— Bon, au risque de le regretter, j’aimerais bien savoir ce que tu as foutu, Nelyne…

— J’ai pris soin de trois agents du Verum Nobis.

— Ils ne vont pas être content.

— Ils ne m’inquiètent pas particulièrement. À Buenos Aires ils n’ont qu’un petit avant poste du quel ils entretiennent des contacts avec d’anciens Nazis établis dans les environs.

— Ah ouais… grinçait Spinoza en hochant la tête, des Nazis, rien que ça ?

— Ceux qui m’inquiètent le plus, actuellement, c’est la confrérie du Lion, et plus précisément celui que je soupçonne être leur officier… ce Cœur d’acier. Ce cannibale est le meilleur agent de terrain toute organisation confondue. 

— Meilleur que toi ?

— J’en sais rien, je ne l’ai jamais affronté. Je n’ai eu que des bruits de couloirs le concernant. Désarmé, il a tué trois mercenaires d’élite de l’ANTAR à main nue avant de les griller pour son repas du soir.

— Il a l’air charmant…

—  Pas exactement ce que j’aurais dit, termina-t-elle.

Spinoza sourcilla, puis, après avoir rectifié sa moustache, sorti de l’appartement, y laissant l’agent Froster seule avec ses pensées. Cette dernière passa plusieurs heures immobiles, à réfléchir, à calculer, à envisager sa prochaine action. Le téléphone posé sur la table juste devant, elle le fixait avec attente, beaucoup d’attente… quand celui-ci, pesant une un bon kilo, sonna. Déployant son antenne, elle prit l’appel. Nelyne garda le silence, la tête haute, le portable à son oreille valide… elle se contentait que d’écouter. Puis, elle fit un sourire avant de raccrocher. Pendant de plusieurs minutes, elle se prépara…

Elle entra dans un magasin, suivant un chemin très précis entre les rayons, jusqu’à arriver devant les céréales. Nelyne pris soin de se mettre en dessous du seul néon qui clignotait, observant les boites, comme si elle y accordait un intérêt. Un homme se plaça juste derrière elle, à regarder les biscuits sur le rayon d’en face, il les rangeait par date limite de consommation. Il était arrivé en poussant une palette de cartons.

— Pile le jour où vous venez à Buenos Aires, des gens meurent et une alliance qui aurait pu avoir lieu, va très prochainement se transformer en massacre. J’ose imaginer que vous n’êtes nullement impliquer dans cette affaire, madame.

— Que savez-vous ?

— Ce que mes yeux m’autorisent à voir, agent Froster. On vous a vu débarquer. Je suis assez bien placé pour savoir que quand la HARP vous envoie quelque part, ça fini toujours en bain de sang.

— Que savez-vous, relança-t-elle avec un calme glacial.

Il hésita, puis se déplaça jusqu’au rayon auquel elle faisait face. Nelyne y vit un employé en uniforme bleu avec son nom d’écrit sur un badge : Hector Rodriguez, Directeur du magasin. Il réapprovisionnait les boites de céréales, à présent.

— Le Memento Mori est neutre dans cette affaire, vous savez ce que ça veut dire, neutre ?

— Ne m’obligez pas à vous reposer ma question.

— Je sais que c’est vous avez liquidé ces trois agents.

— Qu’est-ce qui m’empêche de vous réduire au silence ?

— Rien, je n’aurais aucune chance contre vous. Mais bien après ma mort, l’information que vous vouliez préserver visant à éviter l’alliance entre le Verum Nobis et la Confrérie serait révélé, à savoir que l’office est de votre fait. 

— C’est une menace ?

— Voyez ceci comme un conseil, agent Froster. Mais ne vous en déplaise, j’ai choisi de garder ce secret.

— Pour quelle raison ?

— Pour affaire, Froster. Le chaos que vous apportez, il est… profitable.

— Pour qui ?

— Pour moi.

Ils s’échangèrent un long regard, la conversation prenait une dimension bien plus intéressante. 

— Pas si neutre, en fin de compte, fit remarquer Nelyne.

— L’important, c’est la vérité, pas les faits.

Elle acquiesça d’un air amusé :

— Et quels sont les faits ?

— Le Verum Nobis est aux commandes de cette ville depuis dix ans. Ils ont une grande influence ici, influence qui met un frein au commerce du Memento Mori.

— Et vous comptez sur moi pour arranger ça ?

— C’est gagnant-gagnant, agent Froster. Vous éliminez un ennemi potentiel dans la course à la Tour de Pierre, et ainsi, vous débloquez mes affaires.

— Désolé, ça ne va pas être possible, annonça-t-elle.

— Oh vraiment ?

Elle s’approcha dangereusement de l’homme, le regardant droit dans les yeux, affichant un grand mépris :

— Vous ne valez pas mieux que ces fanatiques du Verum Nobis, vous vendez des objets dont la place est dans nos laboratoires aux plus offrant… vous êtes inconscients.

— Pourquoi avoir accepté de parler à un inconscient, dans ce cas ? demanda-t-il avec curiosité.

— Je sais exactement ce que vous faites dans cette ville, Hector. Diffusez l’info et voilà ce qu’il va se passer : Verum Nobis, Confrérie du Lion comme Memento Mori, j’effectuerais un nettoyage dans les règles de l’art. À commencer par vous. Vous allez agir dans mon intérêt, car votre survie et celle de vos hommes sera votre seule préoccupation.

Il y eut un silence, Hector la scrutait ainsi que ses menaces. Nelyne avait parfaitement conscience de sa réputation parmi les autres agences, ce qui lui donnait un certain crédit quand il s’agissait de négociation.

— Cette ville est donc une zone tactique pour la HARP, compris Hector.

— Nous sommes au clair, vous et moi ?

Il mastiqua avec difficulté, comme s’il éprouvait un certain mal à avaler ces propos.

— Vous savez, agent Froster, la diplomatie ça passe par une entente commune, non la menace.

— Un accord diplomatique, ça passe parfois par une menace emballé dans de la satisfaction hypocrite. J’ai décidé de vous épargner de la salive inutile.

— Donc c’est l’ultimatum…

— Et vous saurez vous y plier, affirmait-elle avant d’ajouter : tout ce que vous voyez, entendez ou sentez dans cette ville, je veux être au parfum. 

— Dans ce cas, il serait plus sage de se fixer un point de rendez-vous plus discret, annonça-t-il en lui glissant un morceau de papier.

Après ça, Hector se rendit au transpalette qu’il fit rouler, s’éloignant avec les nombreux cartons posés dessus. Nelyne déplia ce don, puis y vit les coordonnées d’une ferme éloignée des villes. Là où le Memento Mori stock ses Altérations, certainement.

Vous avez aimé cette lecture ? Faites-le nous savoir en commentaire et en partageant ce chapitre sur Twitter, Facebook et Instagram.

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments